Elle s'était assoupie sur le canapé et dormirait encore si un cauchemar ne l'avait éveillée en sursaut : elle rêvait qu'elle n'avait plus de fond de teint. Le temps avait passé à une allure folle et voilà qu’elle était en retard. Et même pas préparée. Il lui restait à peine une heure pour se maquiller et s'habiller alors qu’elle aimait prendre son temps. Elle se leva en hâte et se rua dans la salle de bain. Elle regarda rêveusement la baignoire puis fit couler la douche. Elle quitta son peignoir, entra dans la cabine où les aiguilles de l'eau la calmèrent .Mais il ne s'agissait pas de lambiner car l'heure tournait. Elle n'avait plus que cinquante minutes devant elle. Elle se regarda dans la glace et une larme perla au coin de son oeil à la vue du travail qui restait à accomplir. Elle saisit son pot de fond de teint et d'une main fébrile étala la crème sur ses joues. La glace lui renvoyait le reflet de la pendule au-dessus de la porte. Elle avait toujours eu horreur d'être en retard et aujourd'hui plus que jamais. Le rimmel, vite ! Voilà, elle s'était cassée un ongle !Ses yeux faits, elle chercha au moins pendant dix minutes ses faux ongles et crut en devenir folle. Elle commença à les peindre mais dut s’y reprendre à deux fois tant ses gestes étaient désordonnés. Enfin il ne lui restait plus qu'à s'habiller, encore douze minutes de répit selon la pendule. Heureusement, elle avait préparé sa robe sur son lit. Elle mit ses dessous, non sans avoir filé sa paire de bas, ce qui l'obligea à en chercher une de rechange. Voilà, sa robe était enfin sur elle. Les chaussures ! Plus que deux minutes ! En nage, elle se contempla dans la glace : elle était parfaite. Un dernier coup de peigne à ses cheveux bouclés grâce aux rouleaux qu'elle avait mis la veille. Ouf ! elle était prête. Une minute ! Vite ! Elle se précipita à la fenêtre.
- Comme c'est difficile de mourir en beauté ! pensa-t-elle en se jetant dans le vide...
Alain SOLITE-2008
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lundi 12 janvier 2009
mercredi 24 décembre 2008
FIGURATION INTELLIGENTE
Je suis arrivé à sept heures. J’étais en avance car le spectacle ne commençait qu’une heure plus tard mais j 'aime bien me baigner de l'atmosphère des plateaux quand seuls les techniciens sont sur place. Les éclairages et la sono font l'objet d'une ultime mise au point. On s'imprègne du côté technique qu'il faut néanmoins s'empresser d'oublier lorsqu'on est sur scène. J'ai tout observé pendant une dizaine de minutes puis je me dirigé vers le bistro d’en face. Je connaissais bien le patron car j'avais déjà joué plusieurs fois dans ce théâtre des rôles de moindre importance. Il m’a reconnu dès mon entrée.
- Jean ! Salut vieux, c’est ce soir la première ?
J’ai acquiescé et commandé un café tandis-qu’il poursuivait :
- Le calva est offert par la maison.
J'ai bu le calva sans enthousiasme, juste pour le remercier de la délicatesse. Puis j'ai consulté ma montre. La demie de sept heures approchait. Je lui ai serré la main puis j'ai traversé la rue. Je me sentais très décontracté : j'avais potassé mon rôle une partie de la nuit et je le sentais bien. J'ai pénétré dans les locaux sans appréhension.
Ralph Manèse venait d'arriver. Le metteur en scène discutait avec les machinistes. Je me suis approché de lui, très simple.
- Bonjour Ralph...
Il s'est retourné et m'a contemplé de haut en bas, sans doute pour m' apprécier. Il m'a serré la main puis s'est retourné vers l'opérateur. J'ai compris qu'il était occupé et je me suis éloigné. C'est à ce moment que Kathia est entrée. Vêtue d'un manteau de Léopard, elle était splendide. Je lui ai souri mais elle ne m'a pas vu : elle se dirigeait vers Manèse. J'avais une scène avec elle. J'avais tout le temps de lui parler. Je me suis approché de Joe, le vieux machiniste. Il buvait à même le goulot d'un flacon de rhum. Il a manqué de s'étrangler pour me sourire. Je l'aimais bien Joe, un pauvre type, mais si nous n'étions pas du même monde ce n'était pas une raison pour ne pas le saluer. Je sais apprécier les gens quel que soit leur statut. La seule chose que je ne tolère pas, ce sont les minables. Mais Joe, c'était autre chose : il irradiait la bonté. Il m'a tendu son flacon que j'ai refusé. Je ne buvais presque plus d'alcool. Et la vue de ses dents abîmées ne risquait pas de me faire flancher. Je me suis assis dans un coin et j'ai attendu.
Le plateau s'est peu à peu vidé car l'heure de la représentation approchait, il n'est bientôt plus resté que Kathia qui était seule dans la première scène. J'étais tranquille pour un moment. Je me suis installé confortablement dans les coulisses. Jacques Martigaux n'était pas loin de moi. Il transpirait légèrement. Il apparaissait à la deuxième scène. Kathia était allongée sur un divan au centre du plateau. Les trois coups ont résonné lourdement puis le rideau s'est levé. Les applaudissements ont salué Kathia. Je la connaissais bien, nous étions même sortis ensemble. Mais je l'avais vite quittée en comprenant que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Elle a commencé à pleurer comme la pièce l'exigeait. J'ai fini par ne plus rien entendre.
C'était bientôt mon tour d'entrer en scène. Je me suis levé, lissant mes cheveux du plat de la main, et me suis approché du plateau. Kathia était assise et attendait que j'apparaisse. Le metteur en scène m'a fait signe. J'ai poussé la porte. Kathia s'est retournée :
- Oh Pierre. . .
A ce moment, Jacques Martigaux est sorti de derrière une tenture où il s'était dissimulé pour les besoin de l'action. Kathia a pris un air terrorisé.
-C'est vous, l'amant de Laura?
J’ai répondu en y mettant tout mon talent:
- Oui ...
Le coup de feu a claqué et je me suis écroulé.
Le rideau est tombé sous les applaudissements des spectateurs.
Je les méritais, je ne crois pas que l'on aurait pu faire mieux que moi ce soir-là !
Alain SOLITE-2008
- Jean ! Salut vieux, c’est ce soir la première ?
J’ai acquiescé et commandé un café tandis-qu’il poursuivait :
- Le calva est offert par la maison.
J'ai bu le calva sans enthousiasme, juste pour le remercier de la délicatesse. Puis j'ai consulté ma montre. La demie de sept heures approchait. Je lui ai serré la main puis j'ai traversé la rue. Je me sentais très décontracté : j'avais potassé mon rôle une partie de la nuit et je le sentais bien. J'ai pénétré dans les locaux sans appréhension.
Ralph Manèse venait d'arriver. Le metteur en scène discutait avec les machinistes. Je me suis approché de lui, très simple.
- Bonjour Ralph...
Il s'est retourné et m'a contemplé de haut en bas, sans doute pour m' apprécier. Il m'a serré la main puis s'est retourné vers l'opérateur. J'ai compris qu'il était occupé et je me suis éloigné. C'est à ce moment que Kathia est entrée. Vêtue d'un manteau de Léopard, elle était splendide. Je lui ai souri mais elle ne m'a pas vu : elle se dirigeait vers Manèse. J'avais une scène avec elle. J'avais tout le temps de lui parler. Je me suis approché de Joe, le vieux machiniste. Il buvait à même le goulot d'un flacon de rhum. Il a manqué de s'étrangler pour me sourire. Je l'aimais bien Joe, un pauvre type, mais si nous n'étions pas du même monde ce n'était pas une raison pour ne pas le saluer. Je sais apprécier les gens quel que soit leur statut. La seule chose que je ne tolère pas, ce sont les minables. Mais Joe, c'était autre chose : il irradiait la bonté. Il m'a tendu son flacon que j'ai refusé. Je ne buvais presque plus d'alcool. Et la vue de ses dents abîmées ne risquait pas de me faire flancher. Je me suis assis dans un coin et j'ai attendu.
Le plateau s'est peu à peu vidé car l'heure de la représentation approchait, il n'est bientôt plus resté que Kathia qui était seule dans la première scène. J'étais tranquille pour un moment. Je me suis installé confortablement dans les coulisses. Jacques Martigaux n'était pas loin de moi. Il transpirait légèrement. Il apparaissait à la deuxième scène. Kathia était allongée sur un divan au centre du plateau. Les trois coups ont résonné lourdement puis le rideau s'est levé. Les applaudissements ont salué Kathia. Je la connaissais bien, nous étions même sortis ensemble. Mais je l'avais vite quittée en comprenant que nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Elle a commencé à pleurer comme la pièce l'exigeait. J'ai fini par ne plus rien entendre.
C'était bientôt mon tour d'entrer en scène. Je me suis levé, lissant mes cheveux du plat de la main, et me suis approché du plateau. Kathia était assise et attendait que j'apparaisse. Le metteur en scène m'a fait signe. J'ai poussé la porte. Kathia s'est retournée :
- Oh Pierre. . .
A ce moment, Jacques Martigaux est sorti de derrière une tenture où il s'était dissimulé pour les besoin de l'action. Kathia a pris un air terrorisé.
-C'est vous, l'amant de Laura?
J’ai répondu en y mettant tout mon talent:
- Oui ...
Le coup de feu a claqué et je me suis écroulé.
Le rideau est tombé sous les applaudissements des spectateurs.
Je les méritais, je ne crois pas que l'on aurait pu faire mieux que moi ce soir-là !
Alain SOLITE-2008
lundi 1 décembre 2008
UN GRAND SENTIMENTAL
Monsieur Hullé !
Je sentis une sueur froide couler le long de mon dos mais je pris sur moi et me retournai. La patronne de l'hôtel restaurant dans lequel je venais de dîner brandissait un objet dans ma direction.
- Vous avez laissé tomber votre portefeuille.
Je revins vers elle, un sourire factice sur mon visage, récupérai mon bien et m'éloignai rapidement après l'avoir remerciée chaleureusement. Quel con ! Désormais, elle allait non seulement se souvenir de moi mais en plus elle connaîtrait mon nom !
Cela faisait désordre, surtout en laissant un cadavre encore tiède dans les toilettes de son établissement.
Mais après tout cette petite garce de serveuse n'avait qu'à pas m'exciter avec ses sourires, son décolleté prononcé et ses cuisses découvertes par sa mini jupe ultra courte !
L'attirer dans les toilettes alors qu'elle se dirigeait vers les cuisines avait été un jeu d'enfant.
Une main sur sa bouche pour la faire taire, je l'avais prise rapidement contre le lavabo sur l'angle duquel j'avais ensuite brisé son crâne. Bien fait pour elle ! Elle n'allumerait plus personne.
Maintenant, il ne s'agissait pas de traîner dans les parages car j'imaginais que la patronne et les autres serveuses étaient déjà à la recherche de l'absente.
Je m'engouffrai dans la bouche de métro la plus proche. A cette heure tardive les couloirs étaient déserts, mis à part ce type qui déboucha devant moi au détour de l'un d'eux.
Le genre de mecs que je ne supporte pas. J'en avais déjà zigouillé deux. Vous savez, le style propre sur soi qui vous demande cent balles pour soi-disant bouffer.
Mon cul oui ! Encore un qui vivait aux crochets des autres.
En un éclair, je lui plantai mon cran d'arrêt dans le bide.
J'eus tout juste le temps de monter dans la rame qui allait démarrer.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais un peu nerveux, sans doute avais-je mangé trop vite et ma digestion s'en ressentait. J'eus une envie irrépressible de voir Laetitia.
Laetitia, mon Ange, avec qui je me sentais si bien, si paisible, si maître de moi. Je débouchai à l'air libre et hélai le premier taxi qui passait.
Je lui donnai l'adresse, impatient de serrer mon amour dans mes bras. Un quart d'heure plus tard, je grimpais les escaliers quatre à quatre et frappais à la porte de ma bien aimée.
Pas de réponse. J'insistai en vain puis finis par tourner la poignée de la porte qui s'ouvrit sans difficulté.
Les lumières étaient allumées.
J'appelai Laetitia sans succès, fis le tour de l'appartement et finis par la trouver dans la chambre à coucher.
Bon Dieu ! Toute ma mémoire me revint : la dispute, le ton qui monte, mes mains qui enserrent son cou délicat et qui serrent, qui serrent... Ma petite Laetitia, mon Ange, toi seule qui savait m'apaiser. Pourquoi as-tu mis la main sur ce maudit journal intime dans lequel j'ai tout écrit de mes péchés, de mes pulsions ? Je rebroussai chemin, des larmes plein les yeux, le cœur brisé.
J'avais besoin d'un verre ou deux car je ne me sentais pas dans mon assiette. Après avoir repris le métro, je me dirigeai vers Pigalle où j'entrai dans un pub que je connaissais.
J'allai m'asseoir au bar et commandai un Scotch au barman. A peine étais-je servi qu'une blonde siliconée grimpa sur le tabouret à ma droite.
- Vous avez du feu, Monsieur ?
J'avais besoin d'une présence féminine mes côtés. Je sortis mon briquet et lui dis :
- Appelez-moi Hank !
Je sentis une sueur froide couler le long de mon dos mais je pris sur moi et me retournai. La patronne de l'hôtel restaurant dans lequel je venais de dîner brandissait un objet dans ma direction.
- Vous avez laissé tomber votre portefeuille.
Je revins vers elle, un sourire factice sur mon visage, récupérai mon bien et m'éloignai rapidement après l'avoir remerciée chaleureusement. Quel con ! Désormais, elle allait non seulement se souvenir de moi mais en plus elle connaîtrait mon nom !
Cela faisait désordre, surtout en laissant un cadavre encore tiède dans les toilettes de son établissement.
Mais après tout cette petite garce de serveuse n'avait qu'à pas m'exciter avec ses sourires, son décolleté prononcé et ses cuisses découvertes par sa mini jupe ultra courte !
L'attirer dans les toilettes alors qu'elle se dirigeait vers les cuisines avait été un jeu d'enfant.
Une main sur sa bouche pour la faire taire, je l'avais prise rapidement contre le lavabo sur l'angle duquel j'avais ensuite brisé son crâne. Bien fait pour elle ! Elle n'allumerait plus personne.
Maintenant, il ne s'agissait pas de traîner dans les parages car j'imaginais que la patronne et les autres serveuses étaient déjà à la recherche de l'absente.
Je m'engouffrai dans la bouche de métro la plus proche. A cette heure tardive les couloirs étaient déserts, mis à part ce type qui déboucha devant moi au détour de l'un d'eux.
Le genre de mecs que je ne supporte pas. J'en avais déjà zigouillé deux. Vous savez, le style propre sur soi qui vous demande cent balles pour soi-disant bouffer.
Mon cul oui ! Encore un qui vivait aux crochets des autres.
En un éclair, je lui plantai mon cran d'arrêt dans le bide.
J'eus tout juste le temps de monter dans la rame qui allait démarrer.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais un peu nerveux, sans doute avais-je mangé trop vite et ma digestion s'en ressentait. J'eus une envie irrépressible de voir Laetitia.
Laetitia, mon Ange, avec qui je me sentais si bien, si paisible, si maître de moi. Je débouchai à l'air libre et hélai le premier taxi qui passait.
Je lui donnai l'adresse, impatient de serrer mon amour dans mes bras. Un quart d'heure plus tard, je grimpais les escaliers quatre à quatre et frappais à la porte de ma bien aimée.
Pas de réponse. J'insistai en vain puis finis par tourner la poignée de la porte qui s'ouvrit sans difficulté.
Les lumières étaient allumées.
J'appelai Laetitia sans succès, fis le tour de l'appartement et finis par la trouver dans la chambre à coucher.
Bon Dieu ! Toute ma mémoire me revint : la dispute, le ton qui monte, mes mains qui enserrent son cou délicat et qui serrent, qui serrent... Ma petite Laetitia, mon Ange, toi seule qui savait m'apaiser. Pourquoi as-tu mis la main sur ce maudit journal intime dans lequel j'ai tout écrit de mes péchés, de mes pulsions ? Je rebroussai chemin, des larmes plein les yeux, le cœur brisé.
J'avais besoin d'un verre ou deux car je ne me sentais pas dans mon assiette. Après avoir repris le métro, je me dirigeai vers Pigalle où j'entrai dans un pub que je connaissais.
J'allai m'asseoir au bar et commandai un Scotch au barman. A peine étais-je servi qu'une blonde siliconée grimpa sur le tabouret à ma droite.
- Vous avez du feu, Monsieur ?
J'avais besoin d'une présence féminine mes côtés. Je sortis mon briquet et lui dis :
- Appelez-moi Hank !
Alain SOLITE-2008
dimanche 23 novembre 2008
LES MEFAITS DE LA TELEVISION
Nous venions de faire l'amour pour la troisième fois, quand Ghislaine consulta sa montre-bracelet :
- Mince le film est commencé depuis cinq minutes...et elle s'arracha du lit pour se précipiter dans le salon. Je restais comme un imbécile maudissant cette stupide invention du vingtième siècle qui, non seulement me privait du plaisir, mais encore rendait ma femme ingrate et m'humiliait par la même occasion. Ce n'était pas la première fois, souvent les programmes télé stoppaient net toute tentative de ma part et ma femme était du genre accro qui regardait le petit écran jusqu'à la fin des émissions. Cependant, ce soir-là ce fut la goutte qui fait déborder le vase : il me fallait trouver une solution ! Le lendemain, je décidais de bricoler l'appareil avant son arrivée. Ma femme, très tendre l'après-midi, reprit ses distances le soir venu : il y avait, me dit-elle, une émission qu' elle ne voulait rater à aucun prix. Cette fois j'accueillis la nouvelle avec bonhomie, je savais que les jours de grève Ghislaine devenait une affamée de sexe et ce soir serait encore plus favorable car il n'y aurait pas de programme minimum. J'accompagnais ma femme au salon, sourire aux lèvres, et me servis un petit Scotch. A peine avait-elle allumé le récepteur qu'après deux ou trois phrases lues sur le prompteur par Laurence FERRARI l’appareil courcicuita. Ma femme se tourna vers moi le visage consterné. Je mis le mien au diapason et déclarais de mon air le plus hypocrite:
- Ah non, pas ce soir ! Attends chérie, je m’en occupe. Et je coupais l'appareil pour le rebrancher aussitôt. Aucun résultat, et pour cause. Je jubilais intérieurement tout en jouant les êtres atterrés. Ma femme, quant à elle, commençait à avoir les larmes aux yeux. Je mis mon bras autour de ses épaules, et fis mine de m'apitoyer sur son sort. Comme je commençais à la caresser pour meubler la soirée, elle se redressa et son visage s'illumina:
- Le dépanneur!
Et elle se précipita sur son répertoire téléphonique. Je déchantais aussitôt : ma femme avait eu la fâcheuse idée d'acheter son téléviseur dans une enseigne qui assurait le dépannage immédiat, 24h sur 24. Ce qui fût fait.
C’est alors que la folie ou quelque-chose de voisin s’empara de mon esprit. J'avais sans cesse devant les yeux l'image du dépanneur en train de réparer la télé tandis-que ma femme souriait aux anges. Les jours passaient et les soirées étaient toutes identiques les unes aux autres. Quand à moi, je ne pouvais pas faire sauter la télé tous les soirs, et quand bien même avec ce maudit système après-vente ! J'étais à ce point privé d'amour qu'un plan diabolique germa dans mon esprit : faire sauter la télé, d'accord ! mais empêcher toute réparation immédiate ! Le lendemain je bricolais de nouveau la télé, puis cherchais l'adresse du réparateur dans le carnet de Ghislaine. Une fois trouvée, je me rendis dans ses locaux.
Meurtre par strangulation fut le verdict du médecin légiste et dix ans de prison celui du procureur.
Pris sur le fait, je n'avais même pas pu profiter de mon acte en faisant l'amour une ultime fois avant d'être enfermé.
Mais, entre nous, vous savez ce qui me fait le plus mal dans cette histoire ? C'est que je m'emmerde tellement dans ma cellule que je ne manque pas une seule soirée télé...
Alain SOLITE-2008
- Mince le film est commencé depuis cinq minutes...et elle s'arracha du lit pour se précipiter dans le salon. Je restais comme un imbécile maudissant cette stupide invention du vingtième siècle qui, non seulement me privait du plaisir, mais encore rendait ma femme ingrate et m'humiliait par la même occasion. Ce n'était pas la première fois, souvent les programmes télé stoppaient net toute tentative de ma part et ma femme était du genre accro qui regardait le petit écran jusqu'à la fin des émissions. Cependant, ce soir-là ce fut la goutte qui fait déborder le vase : il me fallait trouver une solution ! Le lendemain, je décidais de bricoler l'appareil avant son arrivée. Ma femme, très tendre l'après-midi, reprit ses distances le soir venu : il y avait, me dit-elle, une émission qu' elle ne voulait rater à aucun prix. Cette fois j'accueillis la nouvelle avec bonhomie, je savais que les jours de grève Ghislaine devenait une affamée de sexe et ce soir serait encore plus favorable car il n'y aurait pas de programme minimum. J'accompagnais ma femme au salon, sourire aux lèvres, et me servis un petit Scotch. A peine avait-elle allumé le récepteur qu'après deux ou trois phrases lues sur le prompteur par Laurence FERRARI l’appareil courcicuita. Ma femme se tourna vers moi le visage consterné. Je mis le mien au diapason et déclarais de mon air le plus hypocrite:
- Ah non, pas ce soir ! Attends chérie, je m’en occupe. Et je coupais l'appareil pour le rebrancher aussitôt. Aucun résultat, et pour cause. Je jubilais intérieurement tout en jouant les êtres atterrés. Ma femme, quant à elle, commençait à avoir les larmes aux yeux. Je mis mon bras autour de ses épaules, et fis mine de m'apitoyer sur son sort. Comme je commençais à la caresser pour meubler la soirée, elle se redressa et son visage s'illumina:
- Le dépanneur!
Et elle se précipita sur son répertoire téléphonique. Je déchantais aussitôt : ma femme avait eu la fâcheuse idée d'acheter son téléviseur dans une enseigne qui assurait le dépannage immédiat, 24h sur 24. Ce qui fût fait.
C’est alors que la folie ou quelque-chose de voisin s’empara de mon esprit. J'avais sans cesse devant les yeux l'image du dépanneur en train de réparer la télé tandis-que ma femme souriait aux anges. Les jours passaient et les soirées étaient toutes identiques les unes aux autres. Quand à moi, je ne pouvais pas faire sauter la télé tous les soirs, et quand bien même avec ce maudit système après-vente ! J'étais à ce point privé d'amour qu'un plan diabolique germa dans mon esprit : faire sauter la télé, d'accord ! mais empêcher toute réparation immédiate ! Le lendemain je bricolais de nouveau la télé, puis cherchais l'adresse du réparateur dans le carnet de Ghislaine. Une fois trouvée, je me rendis dans ses locaux.
Meurtre par strangulation fut le verdict du médecin légiste et dix ans de prison celui du procureur.
Pris sur le fait, je n'avais même pas pu profiter de mon acte en faisant l'amour une ultime fois avant d'être enfermé.
Mais, entre nous, vous savez ce qui me fait le plus mal dans cette histoire ? C'est que je m'emmerde tellement dans ma cellule que je ne manque pas une seule soirée télé...
Alain SOLITE-2008
mardi 11 novembre 2008
LE "NOAO"
Pourquoi le patron m’a-t-il demandé de rédiger le compte-rendu ? Cela fait trois fois d’affilée que je m’y colle, paraît que j’ai des « facilités rédactionnelles », il a jamais dû voir mes carnets de notes. En tous cas, j’ai un problème car depuis une demi-heure le directeur de la production nous balance du « Noao » à toutes les sauces :
- Ce qui va nous différencier, c’est le « Noao » !
- Votre atout majeur, c’est le « Noao » !
- Les autres, ils ne l’ont pas le « Noao » !
Punaise, on a ce truc et on le savait pas, d’ailleurs dans l’assistance c’est la grande perplexité, il est où ? Certains supposent qu’il est dans la vitrine du bureau du Boss, mais franchement si c’est tellement exceptionnel je l’aurais remarqué les fois où je lui ai déposé des rapports.
- L’essentiel, c’est de ne pas perdre le « Noao ».
Il commence à nous saouler celui-là, on veut bien veiller sur la chose, on est cadre, on doit protéger la boutique, mais encore faudrait-il savoir de quoi on parle, mince !
Cà blêmit sévère dans l’assistance, manquerait plus qu’il désigne un responsable au titre de la surveillance, bon moi en un sens j’peux pas être à la fois rédacteur en chef et surveillant général, je m’concentre quand même sur la feuille, çà m’évite de trop le regarder. D’habitude je m’contente de taper mes notes, mais là va falloir que je synthétise pour mettre en évidence notre botte secrète face à la concurrence. C’est peut-être une sorte de talisman, non c’est pas le genre de la maison ici on est des pragmatiques (dixit-DirProd) ou alors une formule, une équation style 20ème degré, un machin qu’on rajoute et dont on a le secret exclusif, dans ce cas c’est enfermé dans la salle des coffres, ce qui expliquerait qu’on soit pas au courant. Cà suppute sévère dans l’assistance et cà à tendance à se tasser sur les chaises car dans les réunions y’a toujours un moment délicat, c’est celui du tour de table qu’on voit arriver gros comme une maison. Il y a déjà FORTRAN, le chef d’exploitation, qui s’éclipse victime d’un besoin pressant, mon œil !
- Qu’est ce que vous en pensez ?
Va falloir la jouer fine si on ne veut pas passer pour des billes, genre je fais comme si je savais ce que je sais pas. J’me lance :
- Cet atout majeur, ce « Noao » qu’on doit protéger, il faut être sûr que tout le monde autour de cette table en a la parfaite connaissance, il faut qu’il passe de l’un à l’autre, qu’on renforce encore l’esprit d’équipe.
- Excellent BARDIN ! m’entends-je dire pendant que je me replonge vite fait dans mes notes en me posant la question qui tue genre Schmilblic : le « Noao » est-il grand, petit, vert, à lunettes etc…
Dès que la réunion sera finie, je file dare-dare dans mon bureau et j’ouvre mon dico à la lettre N.
Tout le monde y va de son petit couplet en parlant pour ne rien dire et quand le Boss lève la séance en exprimant sa satisfaction de voir que « Le message est passé » chacun retrouve ses couleurs d’origine et s’en va vaquer à ses occupations, ignorant ses collègues de peur de passer pour un arriéré mental qui ne saurait pas ce qu’est un « Noao ».
D’ailleurs, entre nous, cà doit pas être si connu que ça car dans mon dico de poche, c’est même pas marqué. Je remets à plus tard ma frappe du compte-rendu, quand j’aurai pu compulser à la maison mon édition du Larousse en vingt volumes.
Quelle heure est-il ? 18h30, à 19h00 j’ai mon cours d’anglais par téléphone, j’ai juste le temps de vérifier quelques trucs sur mon manuel pour niveau intermédiaire.
Je le sors de ma sacoche et le pose sur mon bureau en regardant fixement le titre en couverture : « KNOW HOW ».
Alain SOLITE-Nov 2008
- Ce qui va nous différencier, c’est le « Noao » !
- Votre atout majeur, c’est le « Noao » !
- Les autres, ils ne l’ont pas le « Noao » !
Punaise, on a ce truc et on le savait pas, d’ailleurs dans l’assistance c’est la grande perplexité, il est où ? Certains supposent qu’il est dans la vitrine du bureau du Boss, mais franchement si c’est tellement exceptionnel je l’aurais remarqué les fois où je lui ai déposé des rapports.
- L’essentiel, c’est de ne pas perdre le « Noao ».
Il commence à nous saouler celui-là, on veut bien veiller sur la chose, on est cadre, on doit protéger la boutique, mais encore faudrait-il savoir de quoi on parle, mince !
Cà blêmit sévère dans l’assistance, manquerait plus qu’il désigne un responsable au titre de la surveillance, bon moi en un sens j’peux pas être à la fois rédacteur en chef et surveillant général, je m’concentre quand même sur la feuille, çà m’évite de trop le regarder. D’habitude je m’contente de taper mes notes, mais là va falloir que je synthétise pour mettre en évidence notre botte secrète face à la concurrence. C’est peut-être une sorte de talisman, non c’est pas le genre de la maison ici on est des pragmatiques (dixit-DirProd) ou alors une formule, une équation style 20ème degré, un machin qu’on rajoute et dont on a le secret exclusif, dans ce cas c’est enfermé dans la salle des coffres, ce qui expliquerait qu’on soit pas au courant. Cà suppute sévère dans l’assistance et cà à tendance à se tasser sur les chaises car dans les réunions y’a toujours un moment délicat, c’est celui du tour de table qu’on voit arriver gros comme une maison. Il y a déjà FORTRAN, le chef d’exploitation, qui s’éclipse victime d’un besoin pressant, mon œil !
- Qu’est ce que vous en pensez ?
Va falloir la jouer fine si on ne veut pas passer pour des billes, genre je fais comme si je savais ce que je sais pas. J’me lance :
- Cet atout majeur, ce « Noao » qu’on doit protéger, il faut être sûr que tout le monde autour de cette table en a la parfaite connaissance, il faut qu’il passe de l’un à l’autre, qu’on renforce encore l’esprit d’équipe.
- Excellent BARDIN ! m’entends-je dire pendant que je me replonge vite fait dans mes notes en me posant la question qui tue genre Schmilblic : le « Noao » est-il grand, petit, vert, à lunettes etc…
Dès que la réunion sera finie, je file dare-dare dans mon bureau et j’ouvre mon dico à la lettre N.
Tout le monde y va de son petit couplet en parlant pour ne rien dire et quand le Boss lève la séance en exprimant sa satisfaction de voir que « Le message est passé » chacun retrouve ses couleurs d’origine et s’en va vaquer à ses occupations, ignorant ses collègues de peur de passer pour un arriéré mental qui ne saurait pas ce qu’est un « Noao ».
D’ailleurs, entre nous, cà doit pas être si connu que ça car dans mon dico de poche, c’est même pas marqué. Je remets à plus tard ma frappe du compte-rendu, quand j’aurai pu compulser à la maison mon édition du Larousse en vingt volumes.
Quelle heure est-il ? 18h30, à 19h00 j’ai mon cours d’anglais par téléphone, j’ai juste le temps de vérifier quelques trucs sur mon manuel pour niveau intermédiaire.
Je le sors de ma sacoche et le pose sur mon bureau en regardant fixement le titre en couverture : « KNOW HOW ».
Alain SOLITE-Nov 2008
lundi 10 novembre 2008
BESOIN D’AMOUR
Mon rêve a toujours été d’être reconnue pour mon esprit, mon intelligence et non pour mes yeux, le contenu de mon décolleté ou encore mes fesses que les hommes reluquent dés qu’ils m’ont croisée.
Bien sûr au début j’étais flattée et j’ondulais fièrement pour attirer les regards et la convoitise.
Mais ces aventures se sont vite révélées sans avenir et s’il m’arrivait d’ouvrir la bouche ce n’était pas pour prononcer des mots.
Je me suis donc concentrée sur mon travail et ma vie privée s’est trouvée réduite à quelques relations professionnelles et platoniques.
A trente-cinq ans, j’ai le sentiment d’avoir mon bâton de maréchal et la solitude me pèse.
C’est pour cette raison qu’il m’est venu cette idée sans doute saugrenue de proposer mes services bénévoles à l’association dont je contemple la porte d’entrée depuis déjà un bon quart d’heure.
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J’ai fini par me décider à entrer et depuis trois semaines je passe la majeure partie de mon temps libre à l’A.M.V. Je me suis intégrée avec une facilité déconcertante et je sens que ma présence est appréciée par les marques de sympathie et la gentillesse que me témoignent les adhérents, hommes comme femmes. C’est la première fois de ma vie que j’ai le sentiment d’exister pour moi-même et non comme un fantasme sexuel ambulant.
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Depuis 3 mois, je me suis liée de sympathie avec Olivier, pianiste de profession, mais je n’ai pas encore franchi le pas qui permettrait à ses doigts de quitter les touches de son instrument pour rencontrer la douceur de mes bas de soie. Pourtant, je n’ai aucun doute sur sa sincérité ni sur l’osmose de nos centres d’intérêt. Il va falloir que je me décide vite avant que la lassitude ne vienne tout gâcher. J’ai prévu de plonger le week-end prochain.
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Olivier s’est avéré un amant passionné et plein d’attention, la lumière peut rester allumée, je sais que ses yeux ne me jugeront pas. Cela fait à peine une quinzaine de jours que nous nous retrouvons plusieurs fois par semaine et j’ai l’impression qu’il me connaît déjà sur le bout des doigts. Que ce soit question musique, littérature, cinéma ou politique, nos échanges m’enrichissent plus que toutes ces vaines années passées.
Côté physique, je m’abandonne totalement à ses caresses et à ses désirs quels qu’ils soient.
************
C’était trop beau pour durer, Olivier est mort la semaine dernière alors qu’il se rendait à son concert salle Pleyel. Un chauffard l’a renversé alors qu’il traversait la rue. Je suis vide à l’intérieur et je me referme comme une huître.
J’évite désormais que mes pas m’entraînent boulevard de la Madeleine car les larmes me viennent dès que j’aperçois l’enseigne de l’Association des Mal Voyants.
Alain SOLITE-2008
Bien sûr au début j’étais flattée et j’ondulais fièrement pour attirer les regards et la convoitise.
Mais ces aventures se sont vite révélées sans avenir et s’il m’arrivait d’ouvrir la bouche ce n’était pas pour prononcer des mots.
Je me suis donc concentrée sur mon travail et ma vie privée s’est trouvée réduite à quelques relations professionnelles et platoniques.
A trente-cinq ans, j’ai le sentiment d’avoir mon bâton de maréchal et la solitude me pèse.
C’est pour cette raison qu’il m’est venu cette idée sans doute saugrenue de proposer mes services bénévoles à l’association dont je contemple la porte d’entrée depuis déjà un bon quart d’heure.
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J’ai fini par me décider à entrer et depuis trois semaines je passe la majeure partie de mon temps libre à l’A.M.V. Je me suis intégrée avec une facilité déconcertante et je sens que ma présence est appréciée par les marques de sympathie et la gentillesse que me témoignent les adhérents, hommes comme femmes. C’est la première fois de ma vie que j’ai le sentiment d’exister pour moi-même et non comme un fantasme sexuel ambulant.
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Depuis 3 mois, je me suis liée de sympathie avec Olivier, pianiste de profession, mais je n’ai pas encore franchi le pas qui permettrait à ses doigts de quitter les touches de son instrument pour rencontrer la douceur de mes bas de soie. Pourtant, je n’ai aucun doute sur sa sincérité ni sur l’osmose de nos centres d’intérêt. Il va falloir que je me décide vite avant que la lassitude ne vienne tout gâcher. J’ai prévu de plonger le week-end prochain.
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Olivier s’est avéré un amant passionné et plein d’attention, la lumière peut rester allumée, je sais que ses yeux ne me jugeront pas. Cela fait à peine une quinzaine de jours que nous nous retrouvons plusieurs fois par semaine et j’ai l’impression qu’il me connaît déjà sur le bout des doigts. Que ce soit question musique, littérature, cinéma ou politique, nos échanges m’enrichissent plus que toutes ces vaines années passées.
Côté physique, je m’abandonne totalement à ses caresses et à ses désirs quels qu’ils soient.
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C’était trop beau pour durer, Olivier est mort la semaine dernière alors qu’il se rendait à son concert salle Pleyel. Un chauffard l’a renversé alors qu’il traversait la rue. Je suis vide à l’intérieur et je me referme comme une huître.
J’évite désormais que mes pas m’entraînent boulevard de la Madeleine car les larmes me viennent dès que j’aperçois l’enseigne de l’Association des Mal Voyants.
Alain SOLITE-2008
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